Philippe's profile"Un Jour En France"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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November 02 Retour aux sources Le petit cimetière vieillissaient tranquillement à
l'ombre des cyprès, ses allées de gravier blanc, rarement foulées, se
piquaient de touffes d'herbes folles, et les pierres tombales, ternies
par l'abandon, offraient à la mousse et aux lichens un gîte de tout
repos. Éternel. Seule une stèle, au bout d'un chemin de traverse,
semblait faire encore objet d'assiduité. Plantée dans le dernier carré
qui fut libre, c'était la plus récente. Quinze ans tout de même, mais,
perdue parmi ses congénères centenaires, pour la plupart, elle faisait
figure d'adolescente. Une petite conne de jeune sépulture. Marbre gris,
lustré, brillant modestement sous les rayons blafards d'un soleil
fatigué de l'été. L'écume blanche de l'amour maternel , roses en
multitudes, en noyait la surface... et ton nom, mon vieux pote. Ah ta mère, comme tu l'auras fait pleurer! Pauvre femme. Quinze ans qu'elle fleurit son chagrin. On se demande bien pourquoi, hein, petit voyou! Que pouvait-elle espérer de toi? Une longue suite de parloirs, année après année, entrecoupée de tes nouvelles conneries et de sempiternels retours aux assises. Un désastre financier à engraisser tes avocaillons. Et, au dessus de tout, le déshonneur d'avoir un fils comme toi. Au moins ta mort précoce lui aura épargné cette décrépitude. Fusse au prix de la peine indicible d'entretenir l'illusion du fils modèle que tu ne serais jamais devenu. Oh, je ne te jette pas la pierre, mon vieux pote. D'ailleurs, ce que je suis c'est à toi que je le dois. Hé oui, ce trentenaire classieux cintré dans son costume trois pièces de chez Armani. . Cet homme, droit dans ses chaussures italiennes à trois-mille euros, devant la tombe où tu moisis depuis quinze ans, c'est moi. Tu ne m'avais pas reconnu je parie! Comment l'aurais-tu pu? Nous étions si semblables alors. Même errances, mêmes dépits, mêmes rêves. Tu ordonnais, je suivais. Et nous aurions partagé les mêmes cellules, un jour ou l'autre... Je ne pouvais pas. Le jour où je t'ai tué fut une révélation... J'ai tué de maintes façons depuis, une foule de gens dont le nombre m'échappe, et, figures-toi que je dors très bien. La vocation quoi. Je suis devenu assassin professionnel, une ordure sans états d'âme, sans remords. Certes. Mais moi, mon vieux, je n'ai jamais fait pleurer ma mère. Comments (32)
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