Philippe's profile"Un Jour En France"PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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November 11 La boue Mère, certes je sais que vous auriez préféré me voir intégrer l'école supérieure des arts et métiers comme jadis feu mon père, mais je ne pouvais sursoir un jour de plus à l'incorporation sans couvrir de honte notre nom. Sachez que j'ai été nommé lieutenant la semaine dernière, que je me porte bien, et que notre secteur reste relativement calme. Je commande une troupe de bien braves hommes, pour la plupart plus âgés que moi qui semblent, néanmoins, assez bien disposés à mon endroit malgré nos différences sociales. Rassurez vous mère, je fais bien attention à moi, nos tranchées sont profondes et solides, et ce n'est pas demain que les boches passeront. Ne m'en veuillez pas trop d'être parti si vite, je suis certain que père aurait été fier de moi. Votre fils dévoué, Lieutenant Étienne D'Astigny-Mérignac. Ma chérie, j'attends avec impatience ma prochaine permission, sans doute dans un mois ou deux. On est au front depuis trois semaines déjà et la relève ne devrait plus tarder. J'espère que les petiots vont bien, et qu'ils t'aident aux travaux. Si t'as des soucis pour les foins va trouver le vieux Gautier, il te prêtera bien un cheval de plus pour la carriole. Ici ça va, il fait mauvais mais on a de la chance d'avoir des guitounes bien cossues. On a un petit gars comme chef de groupe, il a encore du lait qui lui sort de la bouche , mais c'est pas le mauvais bougre. Et puis c'est pas le seul gamin ici. Allez, va, on nous compte le papier alors je m'étends pas trop. Je t'embrasse bien tendrement et fais pour les petiots pareil de ma part. Caporal Aimé Brouin. Salut mon vieil ami, Tu aurais cru çà toi, que j'y viendrais un jour dans leur foutue guerre? Moi non plus, mais sais-tu, je ne suis pas le seul: Pas plus tard qu'hier j'ai revu Martin, tu sais, le type des textiles à Paris. Un socialiste comme nous, tout content de me montrer sa Croix de la valeur militaire. Ça nous change les hommes la guerre. Que veux-tu, on peux plus aller contre, on peut pas se laisser trouer la peau par les boches, alors on fait comme les copains. Les copains d'ici je veux dire. Des jeunes des vieux, des paysans, des ouvriers, et même un aristo figure toi! C'est un réac, mais je sais bien qu'il nous laisserait pas tomber... Il y croit trop à cette guerre. Moi je veux juste rentrer vivant. Et d'ailleurs dès que je rentrerai on se fera toutes les guinguettes de Paris! Bien à toi. 2 classe Alphonse Pellegrin. Le matin du 13 fevrier 1916, en Argonne, le 54ème d'infanterie quitta ses positions après une courte préparation d'artillerie. Le lieutenant d'Astigny-Mérignac ne dépassa pas le parapet , une balle le cueillit sous la pommette, l'envoya bouler à la renverse sur les bras de ses camarades qui le posèrent avec précaution, presque tendrement au fond de la tranchée. Le seconde classe Pellegrin disparut un peu après, soufflé par un obus de 105 tiré par un artilleur Bavarois à dix kilomètres de là. Il atterrit non loin de l'impact, miraculeusement intact, sans la moindre égratignure, la plus infime goute de sang, mais avec le regard abimé de brume qu'ont tous les morts. Aimé Brouin atteignit les barbelés boches à force d'endurance et de courage et s'y empêtra. Il y resta la journée entière, s'emmaillotant de plus en plus à chaque nouvelle tentative de dégagement. La nuit tomba, et il gueula à l'aide jusqu'à ce qu'un Allemand compatissant ne lui envoie une grenade à manche. Au nouveau matin de ce jour, la boue les avait mangé. Comments (54)
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